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Le notaire chroniqueur, poète, philosophe, artiste

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Lettre initiale ornée dans un livre de reconnaissances de fiefs, vicomté d'Ambialet reçues par le notaire J. Polier (1452-1462). Archives départementales du Tarn, E 3.

Par sa position au centre de la communauté, le notaire est détenteur de nombreuses informations qu'il transcrit parfois. Ces chroniques racontent l'actualité, locale, nationale ou européenne et forment un décor environnant les informations contenues dans le minutier.
A la fin de son registre de 1652, le notaire de Lisle, Me Dugourc, mentionne les dévastations, pillages et autres ravages commis par les troupes royales en quartier d'hiver ou de passage dans la région, pendant les années 1652-1654 (309). Son registre de 1642-1643 s'ouvre par des événements nationaux : la prise de Perpignan par les Espagnols, la mort de Louis XIII et l'avènement de Louis XIV (310).
Entre deux actes, le notaire fait parfois la relation d'un phénomène naturel (tremblement de terre en 1660, passage d'une comète en 1680, une éclipse de soleil en 1706), d'une catastrophe climatique (la calamiteuse année 1709, l'hiver 1710).
Lors de ses déplacements, il saisit des recettes rapportées, des remèdes pour soigner diverses maladies dont les ingrédients et leur dosage sont parfois obscurs (remède pour se préserver de la peste, liniment pour la poitrine, tisane « royale » laxative), la liste des ingrédients pour fabriquer de la bonne encre.
Dans les moments d'attente ou de pause, certains versifient à l'instar de Me Roberti, de Sorèze, qui fait une déclaration d'amour en forme de poème, à la fin du minutier de 1512-1513 (311) ou proposent d'amusantes réflexions. Jean Gardès, notaire à Saint-Juéry, nous livre une pensée sur la bonne place des choses : Un homme s'endormit un jour sur un noyer, et, pendant son sommeil, il faisait les réflexions. Mon Dieu, disait-il, vous avez bien fait toutes choses et vos ouvrages sont admirables mais il me semble que vous auriez mieux fait si vous aviez fait naître les courges ou citrouilles sur le grand noyer, et que si vous aviez mis les noix sur les rameaux de courges qui sont si petits. Au moins les choses auraient été mieux assorties (312).

Dans les moments de tranquillité, le notaire laisse aller son imagination et agrémente son minutier de lettrines, de grotesques, de personnages. Il exerce d'ailleurs ce talent dans d'autres productions, tels les cartulaires ou les compoix. Ces dessins, à la plume, parfois colorés au lavis, décorent, en majorité, des documents des XVIe et XVIIe siècles, avec des styles et des inspirations très proches. Le dessin relate parfois un événement comme l'allusion à la guerre de 1870 sur deux registres de Me Clos, avocat et notaire à Sorèze, comportant un soldat prussien et un soldat français sur le dos des reliures (313). Plus fantaisiste, le notaire de Damiatte, Me Bataillé, ouvre ses répertoires des années 1830-1840 avec des animaux (314), peut-être inspirés de l'Histoire naturelle de Buffon.

Page de titre du répertoire de Maître Bataillé, notaire à Damiatte (1856). Archives départementales du Tarn, 3 E 59/109.

Le notaire est pleinement ancré dans la vie de ses contemporains jusqu'au XIXe siècle, siècle de l'industrialisation, de l'exode rural, de la finance et des banques, du développement des voies de communication…, autant de facteurs qui modifieront profondément les mentalités et, par conséquent, les rapports avec le notaire.
Les documents produits, dans le cadre professionnel, et plus, comme nous l'avons vu, contiennent les éléments de l'histoire locale, où se dévoile une société dans sa diversité, brièvement suggérée dans ces quelques pages. Les fonds notariaux offrent de nombreux axes de recherches, globales ou particulières, historiques ou personnelles. Source principale ou secondaire, cette masse impressionnante de documents, où se mêlent l'intime et le général, ne peut être ignorée.
Pour saluer l'apport inestimable des fonds notariaux à l'élaboration de l'histoire, citons François Boutes, notaire à Viviers-les-Montagnes qui, en mars 1554 (n. st.) ouvre son registre par ces mots : Vive la bazoche / sans nul reproche (315).

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